- Votre démarche de travail semble faire écho à la composition diversifiée des futurs occupants du site. Comme eux, vous privilégiez les compétences convergentes, une caractéristique de la démarche durable ?
Laura Carducci : « Nous avons effectivement fait le pari de la synergie des expériences,
ce qui a un vrai sens dans le chantier particulier de Saint-Mandé. Mon cabinet était bien sûr sensibilisé à l’écologie architecturale, mais nous n’avions jamais été aussi loin.
La construction durable est un défi encore récent, alors pour un projet de cette importance l’intuition ne suffit plus. Il nous a semblé impératif de rassembler des spécialistes pointus, notre équipe permanente s’est donc enrichie de l’apport d’un bureau spécialisé en Haute Qualité Environnementale,
un acousticien, une coloriste, un paysagiste et un spécialiste des façades. »
- Dans un premier temps et d’ici 2011, c’est le bâtiment A qui va être visible. Quelle a été votre intention fondamentale pour sa conception ?
Laura Carducci : « Le front bâti sur l’avenue est relativement dense, il était donc essentiel d’apporter des respirations. Les deux failles verticales que j’ai imaginées casseront la masse imposante de 25 mètres de haut pour 110 de long. Des loggias sur deux étages rythmeront la façade en offrant des espaces de convivialité au personnel. À l’abri d’un verre transparent et garnies de végétation grimpante, elles feront le lien entre l’extérieur et l’intérieur. De plus cette façade nord sera recouverte par une sorte de « peau vitrée » composée d’éléments indépendants qui diminuera les bruits de l’avenue et dont l’orientation variable provoquera des reflets aléatoires. Ce choix entraîne des avantages à la fois acoustiques
et esthétiques. »
- Comment avez-vous traité les impératifs de confort des occupants d’une part et de normes environnementales d’autre part?
Ces contraintes peuvent parfois sembler contradictoires.
Laura Carducci : « C’est justement pour ne pas sacrifier l’aspect humain à l’environnemental - ou l’inverse - qu’il est nécessaire de réfléchir avec différents spécialistes de la construction durable. Prenons l’exemple du chauffage dans les bureaux.
La solution retenue accentue le sentiment d’espace - puisque nous n’avons pas de faux plafonds - mais également la performance énergétique. Selon le principe de la géothermie, la chaleur et le rafraîchissement seront assurés par un circuit d’eau provenant de la nappe phréatique.
Un réseau de tubes capillaires circulant en plafond des bureaux formera un plafond rayonnant et le bâtiment ne comptera aucun radiateur électrique, ni de corps de chauffe apparent.
En hiver, l’eau pompée à environ 14 degrés sera rejetée à 11, le phénomène inverse se produira en été où le système permet de capter les frigories de l’eau pour refroidir les pièces.
Les occupants et les préoccupations énergétiques sont ainsi pris en compte. »
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- Ces technologies innovantes ont-elles des conséquences pour les usagers de l'immeuble ? Pourront-ils par exemple ouvrir et fermer les fenêtres à leur gré ?
Laura Carducci : « Ils auront le choix entre une ventilation mécanique (un double flux entrant et sortant) ou naturelle (ouverture des fenêtres). Cette ventilation aurait pu être complètement automatisée, une pratique courante dans d’autres pays, mais à Saint-Mandé chacun gardera la maîtrise de l’ouverture de ses fenêtres. »
- Finalement, vous ne cessez de bâtir sur des compromis ?
Laura Carducci : « C’est encore le cas pour l’isolation extérieure du bâtiment. Nous avons dû trouver le juste équilibre entre de vastes surfaces vitrées qui fournissent une lumière appréciable mais entraînent de fortes pertes d’énergie et des surfaces vitrées de taille réduite qui renforcent l’isolation thermique mais laissent pénétrer moins de luminosité.
Ce type de compromis représente pour moi une véritable démarche de développement durable. »
- L’utilisation importante du bois est-elle révélatrice d’une attention particulière aux matériaux renouvelables ?
Laura Carducci : « Tribu - le bureau d’études - donne toujours une comparaison très simple : l’énergie dégagée par la fabrication, le transport et la fin de vie du bois de menuiserie est 6 fois inférieure à celle de l’aluminium. Un argument de poids auquel s’ajoute un atout esthétique :
le mélèze changera quotidiennement l’apparence de la façade sud, en fonction de la fermeture des volets à persiennes.
Encore une précision par rapport au bois, son utilisation à l’intérieur des locaux favorisera la performance acoustique. »
- Ces choix radicaux de construction durable sont bien à mettre au crédit du ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement Durable et de la Mer ?
Laura Carducci : « Sans aucun doute. L’engagement du maître d’ouvrage a été total. Une telle réalisation n’aurait jamais pu aboutir sans une volonté affichée et régulièrement réaffirmée. Les contraintes auxquelles l’ensemble des partenaires ont été astreints pendant 4 ans n’ont pas toujours été simples à traiter, les échanges ont parfois été très musclés et nous avons au final trouvé des solutions encore un peu inhabituelles.
C’est une énorme dépense d’énergie créative et innovante, ce chantier est sans doute l’un des premiers bâtiments publics de cette envergure à relever le défi pratique de l’immobilier durable.
L’enjeu en vaut donc la peine. »
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